burundikids e.V.
Marie-Claude bei den Mädchen in Uranderera

Hommage aux femmes d’Afrique, à mes sœurs burundaises

Petit rapport extraordinaire de Mme Marie-Claude Leser. Elle est enseignante en religion à l’Ecole Européenne à Karlsruhe (école partenaire de l’EPCM) et en mai 2011 elle était ici chez nous au Burundi:

J’aurais voulu toutes vous photographier …

Toi, la jeune femme enceinte portant sur la tête un énorme tas de foin!

Tu es la première femme africaine que j’ai vue à Bujumbura!

Quelle dignité dans ta démarche!

Junge Mütter im  Centre Nyubahiriza

Toi, la jeune maman avec ton bébé sur le dos: ses petits pieds de chaque côté de ta taille étaient tout menus, tu attendais ton tour de visite au centre Hippocrate. Tu semblais inquiète…

Toi, la «maman d’adoption» des 35 orphelins du centre Uranderera. Tu avais le souci que tes enfants soient rassasiés et en même temps qu’ils posent bien pour la photo! Toi-même tu étais toute belle, vêtue de jaune avec une savante coiffure de tresses…

Vous, les grandes filles du centre Uranderera qui avez chanté: «le Seigneur nous a aimés comme on n’a jamais aimé. Il nous guide chaque jour comme une étoile dans la nuit. Quand nous partageons le pain, il nous donne son amour: c’est le pain de l’amitié, le pain de Dieu. «C’est mon Corps: prenez et mangez. C’est mon Sang: prenez et buvez. Car je suis la Vie et je suis l’Amour. O Seigneur, emporte-nous dans ton amo!»

Vous qui m’avez dit: «tu es vieille» (!) quand vous avez su mon âge … comme vous étiez joyeuses!

Toi, la «mère» responsable des mamans célibataires du centre Nyubahiriza. Tu veilles à ce que «tes filles» gardent force et courage pour élever leurs petits et qu’elles respectent le règlement du centre. Tu exerces ta responsabilité avec une bienveillante autorité et tu étais belle dans ton ensemble rouge bordeaux avec chapeau assorti!

Ein Strassenjunge mit Verena Stamm

Vous, les mamans célibataires qui nous avez préparé une table de fête et un délicieux repas servi dans des assiettes brillantes comme de l’argent! Vous avez dansé, chanté, frappé des mains, comme vous vous êtes réjouies de notre visite!

Toi, Chanelle, qui nous a accompagnées au marché de Bujumbura, habillée en noir et blanc, sobre, en pantalon, tu te déplaçais dans ce labyrinthe étouffant comme une gazelle!

Toi, la très jeune maman avec un tout petit bébé d’un mois sur tes genoux, assise près d’un stand de tissus au marché de Bujumbura, tu souriais de bonheur de notre émerveillement et j’ai craint que ton bébé manque d’air dans cet espace chargé d’odeurs…

Vous, les écolières de l’école polyvalente Carolus Magnus en uniforme beige et blanc, belles et souriantes, comme je vous ai vues studieuses et persévérantes et insouciantes à la sortie de la classe, vous avez eu le fou rire pour la photo!

Vous, les femmes à la cathédrale de Bujumbura, le jeudi de l’Ascension, à la messe de 10 h célébrée en kirundi… Vous avez fait la quête avec de profonds paniers et pour la procession des offrandes vous vous êtes avancées, toutes habillées pareilles, en robe blanche et jaune, les couleurs de l’Église, avec les paniers d’offrandes sur la tête…

Toi, la femme que je n’ai pas vue mais dont la main a semé des ipomées «bleu Chagall», formant toute une tonnelle de ces fleurs (comme des liserons) qui jetaient une note de fraîcheur dans un paysage de couleur dominante brique, écrasé de chaleur… Quelles merveilles ferais-tu éclore si tu disposais d’autres graines de fleurs?

Chacune de vous, femmes que nous avons vues revenir des champs dans la chaude et belle lumière du soir: élégantes dans vos robes colorées, la houe sur l’épaule, un enfant sur le dos, sur la tête, la récolte du jour ou le bois pour préparer le repas du soir. Parfois un enfant plus grand marchait près de vous, lui aussi portant sur la tête un fagot de bois… Vous étiez le courage personnifié après une journée de travail en plein soleil…

Toi, la femme qui écrasait le mil devant ta maison dans un village-rue. Tu n’as ni gazinière ni plaque de cuisson et probablement pas d’eau courante et pour nourrir les tiens comme tu t’appliques!

Schülerinnen der EPCM

Vous, les villageoises venues à la ville vendre vos légumes et vos fruits ou sur les marchés de la place des villages, comme vos récoltes étaient joliment présentées!

Toi, la femme âgée qui mendiait devant le magasin au retour de Ngozi où nous nous sommes arrêtés pour acheter à boire. Quelle a été ta vie? As-tu encore des enfants? un mari? de la parenté? Tu as vécu la guerre certainement? Les tiens sont-ils tous morts? Je me souviens de ton visage ridé et de tes yeux suppliants…

Vous, femmes élégantes en tenue de fête, pour les mariages du samedi, comme vous étiez belles, enveloppées de voiles et de dentelles et de mousseline aux couleurs assorties…

Vous, les petites filles des classes maternelles de l’école Carolus Magnus, vous chantiez à tue-tête avec les petits garçons: «quand on est enfant de Dieu, il faut être vigilant, il faut être courageux.»

Vous vous appelez Libertace, Gracia, Sania, Bella, Aliya, France, Mariam, Claire, Nadia…

Quand vous serez grandes, vous n’aurez pas de souvenirs de guerre comme vos mères et vos grands-mères et vous saurez – je l’espère et je vous le souhaite – prendre en main votre destin et celui de votre pays afin que votre beau Burundi se développe dans la paix et la justice et la démocratie…

Vous, mes sœurs d’Afrique, je garde dans ma tête et mon cœur, l’image de vos silhouettes gracieuses, le souvenir de vos yeux pleins de lumière et de curiosité, vos visages éclairés de sourires… Vous êtes les veilleuses (des (futurs) enfants) de votre pays!

Oui, comme vous nous l’avez chanté: soyez vigilantes, courage à vous!

Marie-Claude Leser